Manifestation contre la répression

Publié le 5 Mai 2014 in Répression policière

Le 22 février dernier, cinquante milliers de personnes se rassemblaient à Nantes pour la plus grande manifestation du mouvement anti-aéroport qu'il y ait jamais eu. Pourtant autorisée dans les faits par la préfecture, elle s'est rapidement heurtée à un important dispositif préventif, mais aussi répressif, symbolisé par cet immense mur anti-émeute barrant pour la première fois de l'histoire des luttes nantaises le cours des 50 Otages.


Politiciens et médias ont déploré la violence qui s'est exprimée lorsque certains manifestants ont tenté de passer outre le parcours prévu initialement. Cependant, ils se sont bien gardés de rappeler les dérives policières ayant blessé, gravement ou non, des centaines de personnes. Au moins trois d'entre elles ont perdu l'usage d'un œil suite à des tirs. D'autres n'ont subi que des fractures multiples, et des blessures au crâne. Beaucoup ont respiré des gaz lacrymogènes, ont été sonnées par des grenades assourdissantes, blessées par des grenades de désencerclement ou repoussées par des canons à eau. Pas seulement place Commerce, où se tenaient les affrontements, comme se plaisent à rappeler les médias ; mais aussi à la Petite Hollande, sur les lieux de la manifestation officielle, pacifiste et autorisée au préalable par les autorités.

Quelques semaines plus tard, le 31 mars, on annonçait triomphalement un premier "coup de filet" suite aux investigations d'une cellule d'enquête spéciale. Neuf camarades ont été perquisitionnés et arrêtés à l'aube. Deux ont été immédiatement relâchés, l'un d'eux n'était même pas à Nantes le jour de la manifestation. Quatre ont été jugés en comparution immédiate, sans avoir pu préparer leur défense. La lourdeur des condamnations peine à masquer le vide des dossiers, les seuls éléments véritablement à charge étant les aveux des prévenus. Trois d'entre eux ont été condamnés à des peines de prison ferme.

La répression policière et judiciaire à laquelle le mouvement contre l'aéroport et son monde a été confronté le 22 février et les semaines qui ont suivies n'a qu'un but : terroriser ceux et celles qui se révoltent et entrent en lutte contre l'emprise du capitalisme sur les espaces dans lesquels nous vivons. Il s'agit d'atteindre le mouvement social dans sa chair, d'en mutiler ou d'en emprisonner certains de ses membres pour mieux atteindre tous les autres. Ce ne sont pas de simples applications de la loi ou des techniques de maintien de l'ordre, mais des actes hautement politiques.

Aujourd'hui, ce sont Enguerrand, Quentin, Damien, Emmanuel, Philippe, J. et G. qui sont touchés. Cela aurait pu être n'importe lequel d'entre nous. La seule participation à une manifestation justifie pour l'État et son appareil judiciaire la perte d'un œil ou la détention (cf. l'interview du chef de la police, dont nous avons parlé il y a quelques jours).

La violence de la répression ne doit en aucun cas entamer notre détermination, sans quoi nous lui donnerions raison. Le meilleur soutien que nous puissions apporter à nos camarades blessés et emprisonnés, c'est bien la poursuite de la lutte, laquelle n'a jamais été aussi puissante et prometteuse. Dans une lettre datée du 8 avril, Enguerrand déclarait que la force de la solidarité militante est implacable. Les marques de soutien aux blessés et inculpés sont de fait nombreuses et disparates, à l'image de la diversité des composantes du mouvement. Organiser un concert, une collecte pour soutenir matériellement les inculpés et leurs proches, appeler à une manifestation de révolte, recouvrir les murs de sa ville de peinture ou d'affiches pour que personne n'ignore ce qu'il se passe : ce qui est possible de faire est bien vaste. Toute initiative est la bienvenue pour apporter un peu de réconfort à nos camarades et rappeler au pouvoir notre détermination et notre colère. Face au silence complice du spectacle médiatique, nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes pour rendre au mot "justice" sa véritable signification. Nous encourageons avec ardeur toute action de solidarité contre la répression du mouvement anti-aéroport, qu'elle soit collective ou individuelle, à Nantes comme ailleurs, aujourd'hui comme toujours.

C'est pourquoi nous vous attendons à 15h le samedi 17 mai, devant la préfecture de Nantes, et nous vous invitons à vous passer le mot. Pour écrire au Comité de Soutien à Enguerrand ou signer cet appel à manifester : soutien.enguerrand@riseup.net