L'expulsion du 8 Juillet à Haluchère

Publié le 30 Juillet 2015

L'expulsion du 8 Juillet à Haluchère

Les vacances d'été sont non seulement l'occasion pour le gouvernement de faire passer les lois impopulaires mais aussi de profiter de l'absence de nombreux militants pour expulser les habitants des squats ou des campements (l'an dernier ce fut les habitants du squat de Moutonnerie qui se virent expulsés de manière violente, inhumaine (et même illégale) - voir Naufrage à Nantes ci-dessous). La préfecture commence fort cette année par l'expulsion le 8 juillet de 130 personnes qui vivaient sur un terrain à l'abandon "appartenant" à Vinci à la Haluchère. Ces mêmes personnes ont déjà été expulsées le 29 avril dernier de Indre, avec l'aide du maire et de la milice formée pour l'occasion. Une manifestation eut alors lieu le 9 juin devant Nantes métropole. Les personnes expulsées réclamaient l'arrêt de ces expulsions sans solution qui les maintiennent dans une grande précarité et nuisent à la scolarité des enfants. Elles demandèrent simplement que l'on reconnaisse et respecte leur droit au logement et à la santé. Mais la mairie et la préfecture s'en moquent et restent visiblement indifférents (les arguments utilisés par les élus, lorsqu'on parvient à les rencontrer, sont connus : on n'a pas les moyens, on en a déjà fait assez, ça va faire appel d'air, etc. ).

L'expulsion du 8 juillet a eu lieu à 7h du matin, avec saisie de quelques caravanes. Les journalistes n'eurent pas le droit de prendre des images. Le quartier fut quadrillé par la police. La scène n'était visible qu'à partir des maisons des voisins. Après l'expulsion, des personnes se retrouvèrent sur le bord de la chaussée et plus ou moins traquées pour les empêcher de se réinstaller. Certaines personnes ont pu trouver refuge à Orvault, provoquant immédiatement la colère du maire.

La même politique dure depuis des années. Elle empêche les gens de mener une vie digne et accentue la haine des voisins, puisqu'on ne laisse pas le temps aux gens de faire connaissance. Les riverains ont le plus souvent une vision partielle et fantasmée des personnes qui vivent en campement. Alors que des voisins directs, outrés par l'expulsion, parlent de relations agréables, les habitants les plus éloignés eux évoquent le bruit et les vols (dont ils ne sont jamais personnellement victimes). Des voisins se sont aussi plaints de déjections. Il faut leur expliquer qu'avec un sanitaire et un point d'eau pour des centaines de personnes, on peut difficilement faire autrement. De plus, les riverains que l'on rencontre autour du campement ne paraissent pas comprendre les raisons qui obligent ces personnes à vivre ainsi.

L’État mène une politique irresponsable et criminelle, aggravant les conditions de vie des plus précaires ainsi que l'incompréhension entre les différentes communautés. De nombreux militants s'opposent à cette politique. Mais pour que cela ait davantage d'impact, une coopération entre les groupes est nécessaire, avec un partage complet de l'information, et ce en dépit de leurs différences idéologiques. En tant qu'anarchistes, il nous paraît légitime que les habitants se réapproprient cette ville dont une poignée d'élus se croient les propriétaires sous prétexte de mandat. Pour nous, l'espace n'appartient ni à une classe sociale ni à une nationalité spécifique. La remarque, entendue parfois dans la bouche des flics, adressée aux militants qui soutiennent les migrants : "vous n'avez qu'à les héberger chez vous", montre bien que les rues de Nantes n'appartiennent pas à ceux qui s'y trouvent. Elle sont la propriété de la bourgeoisie blanche à laquelle obéissent les policiers.

En tant qu'anarchistes, nous ne plaçons aucun espoir dans la gestion étatique basée sur le contrôle et la sélection des individus. Aux différentes organisations de réfléchir si leur action et leur méthode n’aggravent pas la situation plus qu'elle ne l'améliorent. Car, malheureusement, l'idéal républicain de certains militants légalistes c'est encore des sortes de camps de réfugiés, avec une stabilisation des situations en échange d'un contrôle et d'une intégration (voir le dossier sur Strasbourg dans l'Alternative libertaire de cet été). Nous pensons nous que chacun doit rester libre de vivre comme il l'entend, sans distinction d'origine, et en organisant soi-même la cohabitation avec les autres dans la concertation.

A Nantes comme ailleurs, la répression est féroce contre les personnes pauvres, considérées par les expulseurs comme étrangères. A mesure que les riches appauvrissent les gens et que l'intolérance croit, le gouvernement s'acharne contre les plus faibles, au risque d'accentuer les colères et les crises. Il est pourtant nécessaire, à mesure que la situation s'aggrave, en raison du modèle économique et politique suicidaire qui est le nôtre, que toutes les luttes contre la précarité convergent et qu'un véritable partage des richesses se fasse, au lieu de voir les plus nantis s'acharner à défendre leurs biens superflus, leurs maisons vides et leurs terrains abandonnés.

Y et Z. du Groupe J. Déjacque (FA)

Crédit photo : http://www.libertatea.ro/detalii/articol/un-preot-nemultumit-de-politica-lui-sarkozy-fata-de-rromi-se-roaga-ca-acesta-sa-faca-atac-de-cord-300788.html