SALES DEFAITES - JANVIER 2016

Publié le 1 Février 2016

SALES DEFAITES - JANVIER 2016

Depuis plus de deux mois nous vivons sous l'état d'urgence. Pour une partie de la population, il s'agit sans doute d'une garantie contre les attentats et d'une sorte d’anxiolytique. En réalité, l'état d'urgence, comme les plans vigipirates, n'empêchent pas les attentats. L'état d'urgence et les lois antiterroristes qui l'installeront durablement ne font que donner plus de pouvoir à l'état et sa police pour réprimer ses indésirables.

L'état d'urgence ce sont des milliers de perquisitions brutales et impromptues, des gardes à vues, des assignations à résidence (391 le 29/12) et des condamnations pour diverses raisons - deux procédures seulement ont été ouvertes au pôle antiterroriste (AFP 29/12). Cinquante trois personnes ont été écrouées, parfois pour simple apologie du terrorisme. Par exemple, à Angers, une personne a pris un an de prison pour ce motif (Ouest-France 30/12). Toujours à Angers, un homme a demandé l'annulation de son assignation à résidence. Demande rejetée. Il continuera à pointer, trois fois par jour, à heures fixes, au commissariat central d'Angers. Chaque soir, il devra rester chez lui, de 20 heures à 6 heures (Ouest-France 29/12). A Montpellier, deux personnes ont été mises en examen et placées en détention provisoire, "après la découverte d'un mystérieux faux ventre de femme enceinte, recouvert d'une couche d'aluminium, qui aurait pu servir à dissimuler des objets" (Le Télégramme 26/12). Mystérieux ? Le journal se garde bien de rappeler que ce dispositif sert généralement à chouraver sans bipper aux portiques. Un lycéen a été condamné à Caen à deux ans de prison ferme pour apologie du terrorisme et menaces de mort envers un imam. Il a assuré devant les juges s'être créé un personnage sur twitter et ne pas croire en ce qu'il avait écrit (France 3 24/12). Un habitant de Guéret (Creuse) a été condamné à un an de prison ferme pour apologie du terrorisme via Internet (Clap33 10/12 ).

L'état d'urgence est également clairement utilisé pour le contrôle des demandeurs d'asile. La police, assistée de la direction Adoma (ex-Sonacotra), est intervenue au foyer Marc Seguin à Paris. Chambre par chambre, tous les résidents sans-papiers sans récépissé ont été raflés et embarqués. Ensuite la police a fait le tri : certains ont été relâchés, les autres ont été gardés au centre de rétention de Vincennes (Paris Lutte Info 19/12).

Le contexte est également propice à la persistance des violences policières. A Nantes, la répression d'une manif contre l'état d'urgence le 4/12 a été très brutale : des tas de gens ont été matraqués, gazés et deux personnes ont été emmenées à l’hôpital, l'une blessée à la tête par un coup de matraque et l'autre écrasée par un voiture de police qui a foncé dans la foule (Indymédia Nantes). A Pantin, Bilal, suite à un contrôle d’identité, a subi un passage à tabac. Touché aux testicules, sa mère le conduit à l’hôpital pour qu’il puisse être hospitalisé d’urgence. Il est alors opéré sur le champ. Le lendemain Bilal se rend avec ses parents pour porter plainte au commissariat de Pantin dont sont issus les policiers incriminés. Ils essuient un refus d’enregistrer la plainte et se voient forcés d’aller porter plainte dans un commissariat du dix-neuvième arrondissement. Quinze jours après, Bilal est arrêté, menotté et enfermé dans une voiture de police. Sa mère est prise à partie par les policiers qui la passent à tabac en l’aspergeant de gaz lacrymogène. Un de ses fils, âgé de quinze ans, se voit subir à son tour un passage à tabac. Avec quatre autres mineurs, ils ont été placés en garde à vue (QuartiersXXI 29/12).

On peut également déplorer des faits encore plus graves, comme le meurtre de Babacar Gueye par la police, dans le quartier Maurepas, à Rennes. Un ami lui a proposé de venir dormir chez lui. Au cours de la nuit, pris d'angoisse, il s’est auto-mutilé avec un couteau. Son ami a appelé les pompiers. Les policiers sont arrivés sur les lieux et ont abattu de cinq balles, dans le haut du corps, cet homme armé d’un simple couteau à pain (Maisondelagreve boum org 8/12).

Il s'agit donc, avec l'état d'urgence, de laisser carte blanche à la police. Beaucoup de médias ou d'associations dénoncent une dérive de l'état d'urgence. Mais c'est l'état d'urgence qui est une dérive - c'est même l’État tout court. Tout comme la bavure c'est le système policier lui-même. Giorgio Agambem, philosophe politique ayant travaillé sur le nazisme et l'état d'exception, a récemment parlé de la situation de la démocratie en France, en décrivant le maintien d'un état de peur généralisé, la dépolitisation des citoyens et le renoncement à toute certitude de droit (Mediapart 24/12).

Le pendant, en politique extérieure, de l'état d'urgence, c'est le bombardement de la Syrie. Le résultat de ce genre de guerre "moderne" - bombardements contre attentats - est la migration forcée. Or la situation des exilé.es est catastrophique. Comme les états sont par principe xénophobes et fortifiés, les gens meurent noyés de manière continue depuis des années. En décembre, on pouvait relever dans les médias soixante-quatorze noyés (parmi lesquels des enfants) au large de la mer Égée. Le 28/12 un exilé a été trouvé mort dans la remorque d'un poids lourd à Grande-Synthe, en banlieue de Dunkerque (Francetvinfo.fr). Celles et ceux qui survivent subissent toutes sortes de sévices et galèrent dans des camps immondes. Depuis le 22/11, le bidonville, où ont été regroupé.es par la force la plupart des exilé.es de Calais, est bombardé de manière de plus en plus fréquente par des grenades lacrymogènes lancées par la police depuis la rocade d’accès au port (Passeursdhospitalites.wordpress.com 13/12). Toujours à Calais, un militant passe en procès, accusé d'être responsable des tensions qui ont eu lieu (comme si les exilé.es n'étaient pas sujet.tes de leur vie, capables de s’organiser et de se révolter) (Passeursdhospitalité 14/12). Bloqué.es à la frontière macédonienne, des réfugié.es ont protesté pour pouvoir entrer en Macédoine. La police macédonienne a riposté avec des balles en caoutchouc, des grenades assourdissantes et du gaz lacrymogène (Amnesty 4/12). Quant au gouvernement danois, il a proposé trente quatre mesures destinées à décourager les demandeurs d'asile. Parmi celles-ci, la confiscation des objets dont la valeur excède quatre cent euros. Une mesure qui rappelle la spoliation des juifs (Communisme ouvrier 18/12).

Hollande : Sa cote de popularité a bondi de 22 points après les attentats de novembre, et atteint ainsi 50% d’opinions positives, son meilleur score depuis juillet 2012 (L'obs 2/12).

Antiterrorisme : Une vaste opération a eu lieu le 18/11 à Saint-Denis. Trois personnes ont été tuées. Selon le ministre de l'Intérieur, les forces de l'ordre ont fait face à des "tirs nourris quasi ininterrompus". Mais, à l'heure actuelle, on ignore encore d'où provenaient ces tirs. Après l'assaut, seuls un pistolet 9mm et des éclats de grenades sont retrouvés. La raison pour laquelle les policiers ont tiré 5.000 munitions reste donc difficile à expliquer. Est-ce que des policiers ont pu prendre les tirs de leurs collègues pour ceux des terroristes et, dans la confusion, répliquer ? (BFMTV 3/12).

Kurdistan : La police turque a attaqué une manifestation en solidarité avec les autres villes kurdes à Van. On compte de nombreux blessés et des arrestations (Communismeouvrier wordpress). Soixante-neuf séparatistes kurdes et deux militaires turcs ont été tués en quatre jours de combats dans le sud-est de la Turquie. Le président turc Erdogan a déclaré que les séparatistes seraient "anéantis" et que l'opération se poursuivrait "jusqu'à ce tout soit complètement nettoyé" (Figaro 19/12). A la sous-préfecture de Draguignan (Var) deux-cent manifestants sont venus exiger la fin des massacres, des opérations militaires et de la répression politique contre les Kurdes en Turquie et en Syrie, malgré l’interdiction de manifester décidée par la préfecture la veille dans le cadre de l’état d’urgence. Les policiers sont intervenus et ont fait usage de leurs matraques et de gaz lacrymogène. Un coup de flash-ball a été tiré. Il y a eu huit interpellations avec cinq gardes à vue. Le maire a annoncé qu’il se porterait partie civile contre les organisateurs de la manifestation (Secoursrouge 18/12). A Istanbul, une manifestation, pour réclamer la réouverture des pourparlers de paix entre le gouvernement turc et le PKK et la libération du leader kurde Abdullah Öcalan, condamné à perpétuité en 1999, a été durement réprimée par la police (Secoursrouge 6/12).

Tunisie : Le Chef de l'Etat tunisien a décidé de prolonger l'état d'urgence à travers tout le territoire pour deux mois. Il permet notamment aux autorités d'interdire les grèves et réunions de nature à provoquer ou entretenir le désordre, de fermer provisoirement salles de spectacle et débits de boissons ainsi que de prendre toute mesure pour assurer le contrôle de la presse et des publications de toute nature (La kabylie.com 22/12).

Prison : A la prison pour femmes de Rennes, un des rares centres de détention pour les détenues longues peines dans l’état français, où se trouvent plusieurs militantes révolutionnaires souvent basques pour purger leurs condamnations loin de leur pays et de leurs familles, Lorentxa Guimon (condamnée à 20 ans pour son appartenance à ETA) subit depuis plusieurs semaines un acharnement répressif malgré un état de santé non compatible avec la détention (Rennes-info.org 24/12).

Nucléaire : Arrêté en raison d'un début d'incendie, le réacteur nucléaire Tihange 1 a été redémarré. Mis en service en 1975, Tihange 1 est le plus vieux des trois réacteurs de la centrale de Tihange. Il devait être mis hors service en 2015. Mais le gouvernement belge a décidé de le prolonger jusqu'en 2025. Un réacteur nucléaire a également été stoppé à Doel, non loin d'Anvers, en raison d'une fuite d'eau dans un générateur (La-kabylie com 31/12). Il y a trois ans, on découvrait dans les cuves de Doel-3 et de Tihange-2 des micro-fissures, en fait des bulles d’hydrogènes dues à la malfaçon du constructeur néerlandais (RFI 26/12). En France EDF va financer la distribution de pastilles d'iode à 400 000 Français domiciliés autour de ses centrales nucléaires (Lamanchelibre.fr 28/12). A Léningrad : rupture d’une conduite de vapeur principale sur le réacteur n°2. Un employé a été hospitalisé. Selon les écologistes la vapeur qui s’est échappée serait radioactive. La population environnante se serait ruée sur les stocks d’iodure de potassium. Un vent d’Est prévalait dans la ville et la région et d’éventuels largages atmosphériques se feraient vers l’Estonie et la Finlande (Sortir du nucléaire 18/12). Les avis des experts officiels du nucléaire (IRSN, ASN) sur le manque de robustesse du réacteur EPR à Flamanville se sont multipliés au cours des dernières semaines. Il n’est pas exclu aujourd’hui que la cuve de l’EPR se brise au vu des fragilités reconnues par AREVA (Mediapart 17/12).

Compteur Geiger : Le conseil municipal de Saint-Macaire, en Gironde, refuse l’installation sur la commune de «Linky» et «Gazpar». Ces nouveaux compteurs d’électricité et de gaz doivent permettre, selon leurs promoteurs respectifs ErDF et GrDF, de suivre quotidiennement la consommation réelle des bâtiments et de chaque logement pour mieux la maîtriser. Mais «s’ils sont installés, les compteurs communicants émettront des micro-ondes que GrDF présente comme anodines, ce qui est fortement contesté par diverses associations comme Robin des Toits, Priartem, le Criirem» (Bastamag 23/12).

O'Gliss park : Le Chantier (onze millions d'euros) va débuter, sur six hectares de terres agricoles, à une dizaine de kilomètres au nord de La Tranche-sur-Mer. Il comprend un espace entièrement dédié aux enfants, la plage Sunset playa, une plage à vagues amplifiées par une boule géante, ExploralO', avec ses rivières tumultueuses, Délir'space, des toboggans réservés aux amateurs de sensations fortes. L'entrée coûtera 29 €. Un environnement dépaysant attend le visiteur avec une végétation méditerranéenne. Bien sûr, le parc répondra aux normes environnementales spécifiques dans une démarche responsable (Ouest-France 24/12).

Crédit photo : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2011/03/23/une-quarantaine-de-blesses-dans-des-emeutes-a-alger_1497504_3212.html