Déclaration anarchiste-communiste - Mai 1962

Publié le 3 Avril 2016

Déclaration anarchiste-communiste - Mai 1962

p { margin-bottom: 0.25cm; line-height: 120%; } Nous reproduisons ici la déclaration anarchiste-communiste de l'Union des Groupes Anarchistes-Communistes, écrite en mai 1962. L'UGAC a été dans les années 60 une tendance de la Fédération Anarchiste.

DECLARATION ANARCHISTE-COMMUNISTE

I – Positions anarchistes dans la société actuelle

Le but de l'Anarchisme est la liberté pour l'individu d'épanouir ses facultés dans une société harmonieuse.

Les sociétés actuelles ne répondent pas à ces aspirations car les hommes y sont partout exploités, opprimés et aliénés, divisés et opposés entre eux.

L'exploitation de l'homme par l'homme prend plusieurs formes, soit concurrentes, soit conjuguées. A l'exploitation de type capitaliste traditionnel au profit de la bourgeoisie et des possédants, s'est ajoutée l'exploitation de type bureaucratique (capitalisme d'Etat) au profit d'une nouvelle classe de gestionnaires et détenteurs d'un appareil d'Etat qui contrôle et dirige l'économie (Etat Patron) soit partięllement (Economie mixte), soit totalement (Economie planifiée marxiste). Partout, possédants ou dirigeants gèrent, la société à leur gré et à leur avantage en se réservant la plus-value, soit directement par le profit individuel (propriété capitaliste privée), soit indirectement par la redistribution inégale du Revenu National (gestion de l'appareil et de la propriété d'Etat) . Les travailleurs sont confinés à leur rôle de producteurs et d'exécutants et ne reçoivent qu'une part minime du revenu général, en fonction du rapport de force dans la conjoncture du moment, c'est-à-dire de la lutte de classe du prolétariat (ouvriers, paysans, employés) contre la bourgeoisie et la bureaucratie.

L'OPPRESSION et l'ALIENATION de l'homme par des Institutions autoritaires garantissent la permanence de l'exploitation.

Les plus nocives de ces institutions sont :

– les armées et toutes les autres forces de répression qui maintiennent le pouvoir par la force et par le biais du service militaire propagent l'intoxication militariste ;

– les églises, sectes et obédiences maçonniques, qui, sous le couvert de la recherche d'une entente entre les hommes, ont pour rôle : de minimiser leur servitude, de leur faire prendre patience et d'éviter les heurts de la lutte des classes ;

– les institutions publiques diverses, judiciaires, administratives et autres, qui, sous le couvert du Droit, maintiennent l'inégalité au profit de la classe dirigeante ;

– enfin l'Etat qui les coordonne toutes de son autorité suprême par une mystification générale, qu'il se dise religieux, démocratique ou socialiste.


La DIVISION entre les travailleurs et les peuples est soigneusement recherchée par tous les régimes pour mieux asseoir leur pouvoir selon le vieux principe : "diviser pour régner".

La division des travailleurs en catégories professionnelles vise à cloisonner au maximum le monde du travail en groupes concurrents et hostiles. Elle permet, par de menus avantages économiques et sociaux, de briser la solidarité des travailleurs et, en favorisant particulièrement certaines catégories, de créer des aristocraties du travail intermédiaires entre le prolétariat et la classe dirigeante, à l'Est comme à l'Ouest.

A l'Ouest, la division des travailleurs en organisations syndicales rivales d'inspiration partisane, politique ou religieuse, accroît la confusion et fait le jeu de la Bourgeoisie et de l'Etat.

A l'Est, comme dans les autres dictatures totalitaires, la réduction des syndicats en organes d'État leur enlève à la fois toute valeur représentative et toute possibilité de lutte.

Dans les deux cas les syndicats permettent, comme les partis politiques, le recrutement et l'entraînement d'une bureaucratie de dirigeants "ouvriers" dont le rôle est de mieux diviser les masses et saper leur combativité.

La division des peuples en nations permet d'opposer les masses les unes aux autres et d'instaurer le pouvoir de classes dirigeantes nationales fondé sur le patriotisme et les pseudo-intérêts nationaux.

Enfin, la division des peuples a permis l'exploitation coloniale qui fait profiter quelques nations de la domination de continents entiers.



LA MYSTIFICATION est engendrée par les régimes économiques et politiques et par les partis et idéologies qui, défendant leur existence, doivent dissimuler leur raison d'être, leur essence.

Les régimes économiques n'instaurent pas l'abondance que les données techniques autorisent. Le capitalisme libéral de type américain, au lieu des possibilités prétendument offertes à tous, amène une instabilité et un chômage constants ainsi qu'une concentration grandissante de la fortune en quelques monopoles. Les régimes d'économie mixte, nombreux en Europe de l'Ouest et dans les pays sous-développés, font cohabiter un secteur public nationalisé avec un secteur privé capitaliste qui s'entendent aux dépens des travailleurs. Les régimes d'économie étatisée de type marxiste où l'Etat a seul la propriété, la direction, le profit de l'économie, engendrent une nouvelle classe dirigeante et, du soi-disant Socialisme d'Etat, se muent en Capitalisme d'Etat.

Les régimes politiques, au lieu de susciter la participation réelle des peuples, concentrent le pouvoir entre les mains d'un petit nombre. Les démocraties parlementaires instaurent le pouvoir de politiciens professionnels groupés en partis démagogiques au service des gros intérêts privés. Les dictatures de type traditionnel ou fasciste ne consacrent que l'impuissance des armées et formations militaires ou d'extrême-droite à remplacer les féodalités économiques et ecclésiastiques anciennes dont ils sont le paravent. Les dictatures marxistes exercées soi-disant au nom du prolétariat ne sont que la dictature, sur le prolétariat d'un parti de dirigeants professionnels établissant une classe bureaucratique.

Les partis et idéologies de gauche mènent une politique opposée à leurs buts initiaux. Les partis réformistes de type social-démocrate, en voulant réformer de l'intérieur le régime capitaliste et en acceptant concessions sur compromis, sont devenus stériles. Leur idéologie floue et l'emploi par eux des méthodes étatiques font qu'il leur est impossible de transformer le capitalisme. Les partis dits communistes (marxistes—léninistes, staliniens, trotskistes, khrouchtcheviens, etc...), sous prétexte de changement radical, ne visent qu'à instaurer un régime totalitaire qui est une autre forme d'oppression et d'exploitation. L'abandon de leur part des méthodes révolutionnaires les fait progressivement rejoindre les positions réformistes. Leur idéologie essentiellement dogmatique et leur recherche exclusive des méthodes étatiques les vouent pareillement à l'échec.


II- Programme vers la société libertaire

. Le Communisme véritable, c'est-à-dire Libertaire n'est pas l'utopie lointaine d'une idéologie théorique et vague. C'est la société d'ores et déjà possible dont certains traits sont discernables à partir même des sociétés existantes de nos jours, de type capitaliste ou marxiste. Les principaux éléments d'une économie et d'une société libertaires peuvent actuellement être définis ainsi :

1- Socialisation sans étatisation

La suppression de la propriété privée des moyens de production, de distribution, d'information, etc. ne doit pas se faire au profit de l’État.

Le transfert de la propriété privée à la propriété publique doit être opéré directement en confiant la gestion de l'appareil économique aux travailleurs, l'équipement social passant sous le contrôle direct de l'ensemble des consommateurs.

Les entreprises et la terre ne peuvent appartenir en propre aux individus ou à une portion de la population, mais à tous, et doivent être placées sous la responsabilité et la gestion de la collectivité qui y vit et y travaille.

La collectivisation au nom de la société entière s'accompagne de la remise de tout l'appareil économique et social aux collectifs ouvriers et paysans, aux collectivités locales, aux syndicats. Le but est de remplacer le rôle moteur et stimulant de l'intérêt privé et du profit (même sous forme coopérative) par le service public. Ceci suppose une éducation d'un niveau élevé et différente de celle qui est prodiguée dans une société de classes et par l’État.


2- Planification par les consommateurs

L'ensemble de l'économie doit être coordonné et orienté hors des lois du marché, en fonction des besoins réels de la population.

La planification de la consommation et de la production doit être le fait de tous et non d'un Etat, d'une classe, d'une caste, jugeant à leur place des besoins des consommateurs. Le plan est déterminé par les collectivités territoriales représentant les consommateurs, c'est-à-dire l'ensemble de la population sur le plan local, régional et international, en fonction des besoins et des possibilités techniques. Ces possibilités sont communiquées, par branche d'industrie et par entreprise par les collectifs de travailleurs ; ces derniers sont chargés de l'application du plan.

La planification doit donc recouvrir intégralement l'ensemble de la production, de façon obligatoire, mais en résultant des hesoins et des désirs des consommateurs et en permettant l'ajustement souple des unités de production et de consommation entre elles.

Ceci n'est possible qu'en l'absence d'une organisation étatique qui engendre nécessairement une classe dirigeante et exploitrice.


3) Contrôle ouvrier

La gestion de la production ne peut être confiée à des dirigeants placés au-dessus des producteurs, mais doit être le fait des travailleurs eux-mêmes, groupés en conseils ouvriers et paysans sur le plan de l'entreprise, de l'industrie, du secteur économique.

La population représentant l'ensemble des consommateurs doit pareillement substituer aux directives d'Etat, le jeu de ses organismes locaux, régionaux, nationaux et supranationaux.

Ce n'est qu'ainsi que l'Etat politique sera liquidé.

Le désintéressement, la non-participation des producteurs et des consommateurs vis à vis des mécanismes économiques font en premier lieu le jeu d'une classe dirigeante ancienne ou à venir.


4) Egalisation des revenus

La tendance actuelle aussi bien en régime capitaliste que marxiste, à l'élargissement de l'éventail des salaires doit être inversée, ceci pour ne pas perpétuer ou créer d'inégalités sociales et éviter qu'une classe ou une couche de la population ne s'approprie une part démesurée du revenu global.

La rémunération des individus provenant de deux sources : d'une part son travail et d'autre part le revenu social redistribué (allocations diverses, Sécurité Sociale, pensions), c'est cette deuxième part qui doit s'accroître constamment aux dépens de la première, conjointement à la multiplication des services collectifs gratuits.

La disparition des classes de revenus peut seule amener la disparition des classes sociales et le passage à une société anarchiste-communiste. Dans cette société, l'augmentation de la production jusqu'à l'abondance doit permettre de passer progressivement du régime du salariat avec salaire uniforme à celui de la distribution libre de biens et de services gratuits.

5) Internationalisme

La disparition des états nationaux ne peut s'effectuer que par la création de services et d'institutions supranationaux d'une part, et conjointement par la décentralisation des structures nationales suivant des cadres régionaux et locaux naturels plus proches de l'homme.

Les travailleurs doivent coordonner leur action par dessus les frontières et faire éclater les barrières politiques et mentales, résultant de l'histoire. :

Au dessus des patries mourantes, les travailleurs doivent édifier d'eux-mêmes le monde socialiste.

Il n'y a plus de politique nationale concevable à l'époque des grands ensembles continentaux et d'une vie planétaire unique. La disparition des Etats nationaux voisins comme ceux de l'Europe, est un fait positif possible parc que leurs populations vivent dans l'ensemble sur le même pied.

Elle n'entraîne pas la fin des inégalités nationales dans le monde. Le problème majeur de l'humanité reste celui de la disparité apparemment grandissante entre le niveau de vie des sociétés évoluées et celui des masses continentales sous-développées. Il ne pourra être résolu que par une redistribution planétaire des revenus des peuples ayant bénéficié du développement économique, au profit des peuples ayant été victimes de l'exploitation impérialiste et coloniale.

Tout soulèvement populaire, en un point du globe, doit bénéficier de la solidarité active, de tous les travailleurs ; cela d'autant plus qu'il comporte une possibilité authentiquement révolutionnaire.

Toute révolution authentique ne peut qu'être internationaliste par l'accueil et le soutien qu’elle reçoit et qu'elle offre.


6) Fédéralisme

La société anarchiste-communiste doit être fédéraliste pour ne pas être totalitaire.

Le fédéralisme s'entend sur trois plans :

1- Celui des unités économiques de production et de consommation vivant en auto–gestion ouvrière et paysanne. .

2- Celui des collectivités locales, communales, régionales et continentales librement constituées et fédérées.

3- Celui du pluralisme des tendances existant parmi les travailleurs, s'organisant et s'exprimant librement à l'intérieur des collectivités.

Ainsi, la société à construire est COMMUNISTE, FEDERALISTE et LIBERTAIRE. Son économie est socialisée et planifiée, hors de l'Etat, sous le contrôle direct des producteurs et des consommateurs. Cette société sera par essence égalitaire et internationaliste. Elle seule pourra mettre fin à la domination et à l'exploitation de classe, ainsi qu'aux oppositions nationales et continentales.


III. Méthodes révolutionnaires

Les Anarchistes-Communistes mènent la lutte révolutionnaire par leur organisation spécifique. Cette organisation n'est ni autoritaire, ni dogmatique, ni centraliste mais fédéraliste. Les groupes qui la constituent en se fédérant restent autonomes et déterminent en commun l'unité idéologique. L'unité tactique n'est pas recherchée : à priori, la ligne d'action de l'organisation résultant des expériences confrontées de chaque groupe.

Sur le plan économique et social, les Anarchistes-Communistes peuvent participer à la lutte syndicale dans la mesure où ils peuvent militer pour des revendications et des réformes contenant l'amorce des conditions révolutionnaires véritablement libertaires.

Sur le plan politique, les Anarchistes-Communistes refusent les possibilités offertes par l'Etat et saisies par les formations de gauche : parlementarisme et collaboration administrative. Ils restent fidèles à un antimilitarisme comme à un anticléricalisme radicaux. Ils s'organisent sans l'Etat et hors de lui.

Les Anarchistes–Communistes tendent à la constitution d'une minorité d'avant-garde dont le but est double :

– hâter la prise de conscience des masses en sachant que leur éducation ne peut pas être attendue dans les régimes actuels.

- préparer l'action révolutionnaire décisive à déclencher en fonction des circonstances jugées favorables de telle ou telle conjoncture.

Ce n'est qu'à partir de ce moment que peut se faire l'éducation des masses. C'est ce processus de combat lié à l'auto-éducation qui constitue précisément la Révolution.


UNION des GROUPES ANARCHISTES-COMMUNISTES

Mai 1962.