LE NAUFRAGE A NANTES

Publié le 14 Août 2016

LE NAUFRAGE A NANTES

Dessin d'après : http://www.levoyageanantes.fr/etapes/pledges/


Le 7 juillet à Nantes, une dizaines de mineurs isolés réfugiés et un groupe de militant.es ont réquisitionné un bâtiment public à l'abandon depuis neuf ans. Ils et elles ont été expulsé.es le lendemain par les forces de l'ordre. La réquisition citoyenne est pourtant une action légale qui consiste à occuper un local vide depuis plus d'un an, dans l'intérêt général, en prévenant la mairie (et prévoyant des compensations si la propriété est privée).
Le 28 janvier, huit personnes ont été placées en garde à vue et inculpées pour avoir tenté d'ouvrir un lieu d'accueil dans un bâtiment désaffecté. Deux cent manifestants et jeunes se sont alors réunis devant le tribunal de Nantes, puis au siège social de l'aide à l'enfance, et ont été entourés par des policiers armés.
Ces six dernières semaines, vingt huit jeunes ont été remis à la rue par le département et, en tout, soixante dix sept jeunes sont pris en charge par des militant.es à ce jour. Tous les deux jours, un jeune est remis à la rue parce que sa minorité est contestée, parfois à l'issu de test osseux (dont la validité scientifique n'est pas reconnue par la profession médicale), ce même lorsqu'il possède des papiers authentifiés par la Police aux Frontières. Le département a déjà été condamné par la justice pour non-respect de la loi sur la protection de l'enfance, selon laquelle l'état est responsable des mineurs isolés. La loi sur la protection des jeunes stipule également que personne ne doit être à la rue, ni majeurs ni mineurs, quelle que soit la nationalité, avant vingt et un ans, et doit avoir accès à l'hébergement, la nourriture, la santé et l'éducation. La remise à la rue constitue à la fois un danger pour les jeunes, et un trouble à l'ordre public.
Ce qu'il se passe à Nantes a lieu dans d'autres départements en France et révèle une politique de rejet des exilé.es et le refus de leur prise en charge. Les documents présentés par les mineurs sont souvent contestés. Les jeunes sont généralement présumés fraudeurs et risquent d'être expulsés du territoire. Non reconnus majeurs mais possédant des papiers de mineurs, ils se retrouvent dans un vide juridique.
Si cette situation est par principe intolérable, elle est d'autant plus révoltante que la France figure parmi les pays les plus riches de la planètes et ne remplit cependant pas ses obligations, contrairement à l'Allemagne et l'Espagne. Plus globalement, l'Europe participe très faiblement à l'accueil des réfugié.es, comparé aux pays du tiers monde, alors qu'elle est politiquement, économiquement et historiquement impliquée dans les conflits et les crises qui poussent hommes, femmes et enfants à l'exil.