Le spectacle nantais des "Migrations"

Publié le 30 Septembre 2016

Le spectacle nantais des "Migrations"

La Ville de Nantes organise une manifestation du 12 septembre au 9 octobre 2016 appelée "Migrations : l'Europe dans le mouvement du monde, 20e et 21e siècle" à l'Espace Cosmopolis, avec des expositions, des spectacles, des conférences et des films et la participation d'une soixantaine d'associations et entreprises.

Dans l'édito de la brochure, la maire de Nantes affirme que « les villes européennes s'organisent pour répondre à l'urgence de la situation », que Nantes est une « ville ouverte sur le monde » avec une « tradition d'accueil et de tolérance », qu'elle « entreprend des démarches pour accueillir les migrants », qu'elle « soutient », « accompagne » et «facilite » les initiatives de la société civile, des associations et des bénévoles.

Nous, militant.es de terrain, qui devons affronter la justice lorsque nous essayons d'ouvrir des lieux, qui luttons face à des institutions sourdes et aveugles pour mettre à l'abri des adultes et des mineurs dans des squats ou sous des tentes, pour éviter l'expulsion des bidonvilles, pour collecter des biens et des fonds etc, nous avons voulu dénoncer cette communication mensongère et ce salon de l'hypocrisie en diffusant des tracts le jour de l'inauguration. Nous avons eu droit à toutes sortes de réactions : bienveillance, gène, mépris et rejet, ce qui montre la diversité du public intéressé par cet événement. En tout cas, ce fut l'occasion de faire converger différentes associations et de fournir une assez bonne représentation de la situation actuelle. Voici quelques extraits significatifs des tracts diffusés ce jour là :

« Nous voulons attirer l’attention des visiteurs sur des migrants européens que trop de politiques nationaux et locaux, y compris ici, ne cherchent depuis une décennie qu’à chasser de leur territoire. Ces personnes désignées comme Roms sont estimées à environ 1800 dans l’agglomération nantaise, dont 1 600 (0,26% de la population) sont réparties en une quarantaine de bidonvilles, les autres résidant sur des terrains ou dans des logements conventionnés. Pas plus que les autres habitants, elles ne constituent une population homogène.

Une partie de ces familles, qui vivent pour la plupart depuis au moins 8 ans sur notre territoire, est originaire du sud-ouest de la Roumanie, d'autres viennent de Cluj dans les montagnes au nord-ouest du pays. Dans la majorité des cas, elles quittent la Roumanie, où elles étaient sédentaires depuis plusieurs générations, pour des raisons économiques. S’y ajoutent les fortes discriminations et le racisme séculaires à leur égard. Comme tous les citoyens roumains, les Roms peuvent, depuis 2007, circuler librement en Union Européenne. La Roumanie est à 2 jours et demi de la France en voiture et les allers-retours sont fréquents. Ces familles connaissent diverses fortunes en matière d’accueil. Faute de mieux, certaines occupent illégalement plusieurs terrains qui appartiennent le plus souvent à des propriétaires publics. Elles vivent alors dans un état de précarité absolue, parfois sans eau ni électricité, sous la menace d’expulsions à répétition, sans propositions alternatives ou trop limitées. Et c’est ce "pourrissement" qui génère insalubrité, problèmes de voisinage, déscolarisation, stratégies de survie. C'est une question de pauvreté, d'exclusion dans leur pays d'origine et ici à Nantes, plus que de culture.

Si la loi protège la propriété et autorise l’évacuation des occupants sans titre, elle pose aussi le droit à un habitat digne comme la protection des mineurs et des familles. Les pouvoirs publics ont donc la responsabilité de ne laisser personne à la rue sans proposition de prise en charge et d’accompagnement social. Les exemples d’accueil sur certaines communes ont montré a contrario qu’il devenait alors possible de scolariser les enfants, chercher du travail, accéder aux soins et construire un projet de vie » (romeurope.nantes@gmail.com).

« L'histoire commence avec des femmes et des hommes qui décident de fuir la violence et ou la misère en quittant leur pays d'origine : le Tchad, le Soudan, le Mali, l’Érythrée, la Centrafrique. Après un voyage périlleux, certains parviennent jusqu'à Nantes. Les pouvoirs publics auraient alors dû s'occuper de leur accueil dans le respect de leur dignité. Mais pour la plupart il n'y a rien que la rue et la survie. Avec l'aide de citoyens et d'associations, ils décident de prendre les choses en main et s'installent d'abord au Radisson noir jusqu'en mai 2014. Puis rue des stocks d’où ils sont expulsés avec une brutalité scandaleuse en juillet de la même année. Suite à l'expulsion, le collectif voit le jour pour solidifier les fraternités. Il s'attelle à l'occupation du Presbytère du vieux Doulon puis une maison dans le bas Chantenay. Il rassemble aujourd'hui des citoyens, associations, syndicats et partis politiques. Ensemble nous veillons à améliorer le quotidien des migrants et défendre leur droit auprès des pouvoirs publics » (case44000@yahoo.fr).

« En France, comme dans la plupart des pays qui ont signé la convention internationale des droits de l'enfant, les jeunes migrants mineurs sans autorité parentale présents sur le territoire ont droit à la protection (art 221-1 code action sociale et famille) car ils sont en danger du fait de leur isolement. Et pourtant une grande partie d'entre eux est abandonnée parce que leur minorité est contestée. En effet, la nouvelle loi de protection de l'enfance stipule que, pour les mineurs étrangers, au-delà de la possession de papiers d’état civil, la preuve de la minorité doit être faite, par évaluation psycho-sociale, médico-légale (tests osseux) et juridique (authentification des papiers par la police de l'air et des frontières). C'est ainsi que la moitié environ d'entre eux, même après authentification de leurs papiers, se retrouvent, après avoir été mis à l'abri le temps de l'évaluation, rejetés brutalement à la rue. Chaque remise à la rue est une mise en danger de leur vie. Leur situation individuelle et collective devient dramatique. Pas reconnus majeurs, leurs papiers d'état civil attestant qu'ils sont mineurs ; pas reconnus mineurs par les instances de protection de l'enfance, ils deviennent les nouveaux sans droits. Ils vivent en marge, dans la rue ou dans les squats, à la merci de réseaux criminels. A Nantes, depuis le début de l'été, le Conseil départemental en charge de la protection de l'enfance remet un jeune tous les deux jours à la rue. Actuellement, ce sont environ quatre vingt dix jeunes qui sont mis à l'abri par les associations qui subviennent à leurs besoins essentiels : hébergement (squat, hébergement militant), alimentation, santé, scolarisation» (collectif.mie@gmail.com).