Entretien avec un habitant de la zad notre dame des landes

Publié le 3 Novembre 2016

- Pour notre entretien tu te présentes comment ? Camille comme aiment les journalistes, par un pseudonyme, par ton prénom ? Et pourquoi ?

- Tout d'abord, pour commencer je précise à dire que je ne suis représentant de rien et que je ne parle qu'en mon nom. Mon choix est donc de prendre un pseudo qui m'est propre « Quico ». J'avoue que j'aime bien garder mon individualité et ne pas être fondu dans la masse au milieu des camille. C'est une question de choix personnelle, c'est tout. « Quico «   était aussi le surnom de l'ancien guerillero cenetiste francisco sabaté (loin de moi toute comparaison ou identification avec ce géant révolutionnaire mais c'est une manière pour ma part de lui rendre hommage).

- Précisons que tu n'est pas un représentant de la ZAD, pas un VRP. Mais comment te définirais tu ? Zadiste, habitant de la ZAD de nddl, militant, anarchiste, révolutionnaire, zadeur etc...

- En général je n'aime pas trop les catégories donc je ne me mettrais pas dans une case. Je dirais que je suis moi même. Quelqu'un qui essaie de s'investir et d'oeuvrer dans une perspective révolutionnaire.

- Peux tu définir ce qu'est la ZAD de nddl ?

- Littéralement Zone A Defendre redéfinie depuis peu par certains comme Zone d'Autonomie Définitive. C'est un espace au départ délimité géographiquement par l'occupation d'une zone ou doit se construire un aéroport financé entre autre par Vinci. Sur ce lieu (d'environ 1500 à 2000 hectares) se met en place une volonté de s'organiser collectivement de manière autonome en développant l'autogestion. Plusieurs personnes avec des origines géographiques, sociales, idéologiques différentes et avec des dynamiques multiples se cotoient sur cet endroit. Des collectifs sont crées en mode affinitaires et suivant les envies d'actions (ex : collectifs d'éleveurs, l'équipe radio, féministes, vegans, paysans etc...). La zad de nddl représente un lieu parmi d'autres (Testet, plateau des mille vaches...) qui est en lutte contre le monde capitaliste. Personnellement je préfère au mot ZAD le terme zone de lutte ou de résistance. Le mot ZAD renvoie à une lutte contre les grands projets inutiles et imposées et du coup s'enferme là dedans. Les deux termes « ZAD » et « GPII » me paraissent inadéquats. Zad devient un mot presque marketing qui casse avec une perspective historique des luttes en présentant cela comme une nouveauté. Employer plutôt « zone de lutte ou de résistance » permet de placer ces luttes dans une continuité des luttes passées et une ouverture sur l'histoire. En cela la commune de Paris, Kronstadt, Makhno etc... représentait aussi des tentatives de créer des ouvertures, des brèches dans le système afin de le renverser. Je pense que l'on est dans la droite ligne de ses soulèvements. L'expression « grands projets inutiles et imposés » étant sujet aussi à controverse car qu'est ce qui est inutile et qu'est ce qui est imposé. Pour les capitalistes ce projet n'est pas inutile et personnellement je revendique le droit aussi à l'inutilité. A mon sens derrière ce terme se cache en filigrane une logique de pensé productiviste qui ne rompt pas avec une certaine logique de croissance du capital. La bataille des mots me paraît très importante car les mots sont des armes et on voit bien comment les pouvoirs imposent une sorte de novlangue orwellienne afin d'atténuer, d'aseptiser le langage et par delà les concepts et les idées. Il ne faut pas se faire piéger à notre tour.

- Comment est organisé la démocratie directe à la zad de nddl ? Comment sont organisées les ag : tours de paroles, modes de vote etc... ? Y a t-il des mandats impératifs, révocables et tournants ?

- Des assemblées sont organisées régulièrement. Une toute les deux semaines qui concerne tout le voisinage de la zone et une chaque semaine qui réunit que les habitants. D'autres réunions peuvent avoir lieu pour des urgences ou des sujets bien précis. Dans ce cas là les habitants sont informés par le Zad News (journal de la zone fait par les habitants paraîssant chaque semaine et distribué dans tous les différents collectifs). Le Zad News permet de tenir au courant chaque personne de l'actualité militante locale ou pas. Dans les réunions les points à aborder sont discutés collectivement. La plupart du temps ces rendez vous sont plutôt des réunions d'informations. Les prises de décisions le sont aussi, généralement à main levé. La limite de ces assemblés est le manque de participation. En effet ces assemblés rassemblent une minorité de personnes. Le reste préférant continuer leurs activités, ne se sentant pas concernés ou n'y allant pas pour des raisons individualistes. Comme quoi les modes d'assemblées sont toujours à dépasser. L'organisation de la communication se doit d'être toujours en évolution afin d'éviter de rentrer dans une sorte de routine qui amènerait à la désertion de ses réunions. En général, nous évitons au maximum les représentants. Les seuls mandats dont on peut parler seraient ceux ou une personne d'un collectif, choisi par les membres de son groupe, est désigné pour rapporter une information importante en assemblée.

- Y a t-il un bon gouvernement comme disent les zapatistes ou pas de gouvernement du tout ?

- Pour paraphraser Henry David Thoreau je dirais que le meilleur gouvernement est celui qui ne dirige pas du tout. Il faut bien voir qu'à l'heure actuelle deux modes politiques s'affrontent. Le vieux modèle que tout le monde connaît, celui de l'état, des partis de gauche et de droite. Celui-ci plus personne n'y croît. Puis il y a celui dont la volonté est de se réapproprier l'outil politique. C'est celui des différentes zones de résistances qui se mettent en place au niveau internationale. Il y a NDDL, le Testet etc... en France mais aussi les zapatistes au mexique, les quilombos au Brésil et encore beaucoup d'autres dans d'autres pays. D'ou la nécessité d'être en lien les uns les autres. On parle beaucoup de convergence des luttes, et bien il faut qu'elle soit réalisé au niveau de tous les combats (et j'y inclus les sans papiers, les luttes ouvrières...).

- Y a t-il des chefs, caractères et charismes aidant ? Comment contourner vous cet écueil ?

- Il y aura toujours des personnes à forte personnalité tendant à s'imposer dans les réunions. Et dans un sens c'est très bien, cela prouve que l'on est tous différent. Le but après est de pouvoir faire en sorte que des charismes trop présent n'étouffent les autres. Cela dépend beaucoup de l'organisation des temps de paroles dans les assemblées. Généralement les réunions se font avec un(e) modérateur de parole, un(e) secrétaire, une personne donnant la parole etc...

- Y a t-il des groupes affinitaires avec des pensées et des actes différents ?

- Il y a effectivement des groupes affinitaires qui comme je le disais se rassemble du fait qu'ils ont les mêmes projets, les mêmes envies d'investissements sur la zone. Ainsi les groupes vegans organiseront des journées sur l'antispécisme, les féministes des soirées débat-film sur les genres, le collectif radio établissent une grille de programme pour radio klaxon etc... Bien sûr des tensions peuvent apparaître autour de ces collectifs. Par exemple des tensions qui ont pu avoir lieu entre les éleveurs et les vegans. Ces conflits venant parfois se rajouter à des confrontations d'ordre davantage personnels. Personnellement je trouve positif ces disputes car elles donnent généralement lieu derrière à des réunions de mise à plat. Et puis les conflits permettent d'avancer et d'évoluer. Cela prouve que l'on ne vit pas dans l'uniformisation. Un monde sans conflits je n'en veux pas. Ca voudrais dire que l'on vit dans l'arbitraire totalitaire.

- La zad de nddl a t-elle des frontières ?

- Elle a les frontières que l'on veut bien lui donner. La Zone s'agrandit ou se rétrécit du fait de ces occupations.

- La zad de nddl est elle une commune ?

- La zone pourrait être une commune libre. Cela dépend de ce que l'on entend derrière le mot commune. Si l'on remplace zone par commune alors elle peut être une commune de résistance, une commune à défendre ou encore une commune à autonomie définitive (une CAD). Ca y est je vais poser comme droit de propriété le mot CAD. La Zad est morte, vive la CAD (rire).

- Quels sont les problèmes organisationnels que vous avez rencontrés lors de votre occupation ?

- Cela dépend de quelle période tu veux parler. Par exemple pendant les expulsions il y avait une certaine alliance de fait entre les individus pour la raison qu'une convergence de résistance face à la répression était en place. C'est lorsque la police n'est plus là que les divisions apparaissent notamment par rapport à l'organisation sociale de la vie en collectif. L'euphorie de la lutte diminue, les individus ont davantage l'occasion de se connaître et de là des tensions liés aussi au quotidien peuvent apparaître.

- Quelles sont actuellement les relations avec la gendarmerie sur la zad ?

- Les forces de répression interviennent par période. En ce moment c'est plutôt calme même si l'on voit quotidiennement des drones survolés la zone. Par exemple après la mort de Remy au Testet les forces de répression ont encerclés la zone la veille de la manifestation à Nantes. On sentait vraiment une volonté de mettre la pression. Moi même je fus contrôlé trois fois entre nddl et Nantes. En tout quatre fois car je le fus aussi en ville pour me rendre au lieu du rassemblement. La version de l'état par rapport aux violences était de faire porter le chapeau aux militants de nddl qui seraient descendus au Testet et auraient mené avec eux un rapport de confrontation direct avec la police. Nous serions donc ces fameux djiadistes verts, ces anarcho autonomes blacks blocks. Lorsque je fus interviewé par RTL on sentait à leurs questions la recherche du scoop. Leurs questions étaient du genre : « Avez vous des entraînements sur la zone pour riposter face à la police ? » On manierait tous les matins la kalash. Je crois que j'ai raté l'occasion de passer au Jt de 20h si j'avais dit que nous sommes effectivement en lien avec la syrie de Bachard el Assad, qu'il nous fournit des armes et que nous on leur apprend à faire des jardins (rire).

- Y a t-il des problèmes d'alcool et de drogues ?

- Il y a effectivement des problèmes d'alcool et de drogues. L'alcool et la drogue a toujours était le meilleur suppôt du système. Tout le monde sait très bien que le meilleur moyen d'étouffer les luttes est d'introduire des drogues dans celles-ci. Tout le monde sait comment l'alcool a pu décimer les indiens ou plus proche de nous comment le gouvernement américain a lutter contre les combats d'émancipation des noirs. La lutte contre des mouvements comme les blacks panthers a pu se faire grâce à l'introduction des drogues dans les ghettos noirs. Albert Libertad déjà parler dans « le culte de la charogne » comment les ouvriers sortant du boulot allaient s'enivrer dans les bars en lisant les nouvelles sportifs délaissant ainsi la lutte sociale. On peut aussi renvoyer à l'assommoir de Zola. Tout cela n'est pas récent.

- Quelles sont grosso modo les origines sociales des zadistes ?

- Cela n'est que mon opinion mais je dirais que sociologiquement parlant une grande partie des personnes composant la lutte provienne de la classe moyenne (universitaire etc...). Et c'est à mon sens symptomatique de la gauche radicale. Les minorités sociales (migrants etc...) étant très peu représentés. Les roms, les migrants ont déjà souvent trop de problèmes pour se mêler à une lutte qui les marginaliserait encore plus. L'exemple pourrait être les familles de roms qui s'étaient installés aux abords de la zad de Décines (Lyon) sans investir vraiment les lieux. Sinon le fait que la classe moyenne est davantage représenté dans les mouvements de lutte est explicable pour différentes raisons : on s'investit plus facilement dans un mode de vie alternatif lorsque l'on a grâce à ses parents une certaine sécurité financière qui pourra permettre si échec il y a de revenir à une vie dite « normale ». Une autre raison est d'ordre plus structurelle et remonte à mon sens à une quarantaine d'années. A partir des chocs pétroliers des années 70, de la fin des trente glorieuses, les nouvelles générations issues de la classe moyenne s'étant rendu compte que leur avenir était bouché et qu'ils n'auraient pas la même vie que leurs parents luttèrent contre leur propre prolétarisation. Beaucoup ont donc commencé à s'investir dans des luttes qui par la suite sont devenus de plus en plus globale. Les indignados ou le mouvement occupy illustre un peu cela. Dans le même temps le prolétariat dans son ensemble s'est désinvestit des luttes à cause de l'atomisation de la classe ouvrière dû aux politiques patronales, individualisation des contrats de travail cassant les structures collectives de résistance, la démystification du parti communiste avec la chute du bloc de l'est, enterrement de l'idéologie du rapport de classe se transformant pour nombre d'ouvriers en antagonismes entre travailleurs du dedans et du dehors avec en parallèle la montée de l'extrème droite. Le fatalisme s'installant dans leur tête et allant de pair avec la vision d'un Fukuyama qui début 90 avec « la fin de l'histoire » annoncé que le capitalisme était un horizon indépassable.

La chute du mur de berlin a aussi mis fin à un certain monopole exercé par le socialisme autoritaire et a pu laisser davantage de place à des idées d'émancipation comme la question des genres, le féminisme, le véganisme etc... Ce qui est une très bonne chose même si cela se fait à mon sens un peu au détriment de la critique sociale, de l'analyse social global etc...La question de l'exploitation capitaliste dans les usines, la critique du travail salarié et le lien avec le monde ouvrier est à mon sens trop délaissé depuis trop longtemps. Oublier ces questions, c'est laisser un boulevard à l'extrème droite qui elle investit les lieux de travail. La convergence des luttes se fait aussi avec les ouvriers et ce qui manque pour une véritable déflagration révolutionnaire est le lien avec les travailleurs. Lorsque les ouvriers de Fralib à Gémenos luttent et récupèrent leurs outils de production et vise à l'autogestion c'est pour moi aussi une ZAD. Les liens doivent donc encore davantage se créer.

- Avez vous réussi à abolir certains rapports marchands ?

- On essaie de privilégier plutôt le prix libre et de se passer complètement du rapport marchand. Par exemple tous les vendredi a lieu le non marché et tout est prix libre comme chez les éleveurs de Bellevue pour le fromage. Le prix libre peut être financier mais aussi en échange. J'ai pas de thunes donc je donne un peu de tabac etc... L'important est vraiment l'échange.