Welcome à Nantes

Publié le 3 Juin 2017

Le 6 avril 2017, tôt le matin, une vingtaine de "mineurs isolés étrangers" ont été jetés à la rue par la police sur ordre du procureur de la république, abandonnant matelas, couvertures et équipements. Depuis deux ans, après avoir été exclus des dispositifs d'aide par la préfecture, ils habitaient une maison abandonnée, soutenus par différents collectifs. Une pétition, depuis quelques jours, circule, rappelant qu'ils sont deux cent trente mineurs dans ce cas à Nantes aujourd'hui, non scolarisés, sans logement, sans nourriture et ni aucune aide de la part de l'état. Certains, s'ils sont bien scolarisés, n'ont cependant pas de toit.

La veille de cette expulsion, trois cent personnes, dont des mineurs rejetés, ont marché dans les rues de Nantes, devant le conseil général et la préfecture pour alerter sur leur situation. A leur passage devant la mairie, la réaction a été de baisser le rideau de fer. Ce "dialogue social" s'est donc poursuivi par l'expulsion des mineurs. C'est la réponse choisie par les pouvoirs publics à leurs revendications. La veille de cette manifestation, la police a également raflé treize mineurs isolés pour vérifier leur situation et s'informer sur la manifestation. Quelques jours avant, le DAL appelait à un rassemblement pour alerter sur la fin de la trêve hivernale, avec la reprise des expulsions et la fermeture des lieux d'accueil. L'an passé, le nombre d'expulsions a augmenté, ainsi que le prix des loyers, alors qu'en Loire Atlantique 10 000 logements sont vacants et que l'ordonnance de 1945 sur la réquisition n'est pas appliquée.

Les expulsions de réfugiés sont régulières à Nantes. Le 23 novembre 2016, 80 personnes ont été expulsées du squat de Doulon, juste avant les grands froids. Le 7 juillet 2016, un squat de mineurs isolés a été expulsé boulevard des Belges, après une nuit passée à l'abri. Le 28 janvier 2016, huit personnes ont été arrêtées alors qu'elles tentaient de réquisitionner un bâtiment de la CAF désaffecté. Le 30 juillet 2014, ce fut le squat de la rue des Stock, à Moutonnerie, où résidait plusieurs personnes dont des femmes qui fut immédiatement détruit, dans un nuage d'amiante, avec des affaires et des papiers à l'intérieur. En février 2014, le squat du Radisson noir a été expulsé. La police a blessé quatre personnes, dont deux qui finiront aux urgences. Le 10 Octobre 2012, les CRS ont expulsé du Lieu Unique des réfugiés à la rue qui manifestaient contre leur situation en occupant une salle.

Nous ne sommes pas surpris. Les gouvernements européens sont responsables de la mort des migrants en méditerranée, du bombardement et de l'exode des irakiens et des syriens, de l'exploitation des ressources en Afrique, de la persécution des sans papiers en France. Pas une miette ne doit revenir aux victimes de leur politique. On dépense des millions d'euros pour ériger des gares, des aéroports, équiper les rues de caméras, la police de nouvelles armes, collecter les données et construire des attrapes touristes, comme le Miroir d'eau ou l'Arbre aux hérons à Nantes. Mais on réserve le minimum pour les réfugiés et les sans domiciles.

A Nantes, les squats d'exilés répondent à un besoin de logements que la ville refuse de fournir ou de libérer en ce qui concerne les logements et locaux vides. Dans ces quelques squats vivent des exilés (surtout des garçons) majeurs et mineurs dans des conditions précaires. Les lieux sont vétustes, les personnes y sont nombreuses, parfois sans ressources, sans droits et menacées d'expulsion. Ces squats abritent principalement des personnes qui ont fui la pauvreté ou la guerre. Un grand nombre sont ici parce qu'ils parlent français. La distinction administrative entre migrant économique et réfugié politique n'a aucune valeur sur le terrain, tant ces deux aspects se conjuguent. En fait, pour qui ne s'arrête pas aux frontières et aux nations, ces personnes sont tout simplement opprimées par un système global.

La positions des "mineurs isolés étrangers" est particulièrement retors. Ils sont mineurs selon leurs papiers mais leur minorité est contestée à l'issu de tests osseux scabreux sans valeur scientifique. Par conséquent, ni mineurs ni majeurs, ils sont écartés de la solidarité sociale en ce qui concerne le logement, l'habitation, l'alimentation, la santé, l'éducation etc. L'administration organise également la pénurie en mettant en concurrence les mineurs "étrangers" et "nationaux". Quand certains parviennent à être pris en charge par le CADA, ils demeurent précaires. La durée est limitée et la qualité de l'accueil laisse à désirer : hôtels miteux et abus divers de la part des adultes. Les mineurs isolés sont disséminés en France, en Europe et sur les routes de l'exil. Ils subissent une oppression terrible et sont particulièrement vulnérables. On pourrait croire qu'arrivés ici les choses s'améliorent. Mais, au contraire, les test osseux servent à les sortir des dispositifs d'aide. Les mises à l'abri sont précaires. Ils sont de plus en plus nombreux à la rue, sans scolarisation, ni aide matérielle ou morale. Tout repose sur des structures militantes fragiles.

L'administration fait ainsi peser sur les populations une grille sélective, fortement hiérarchisée, organisant la pénurie et le clivage entre français et étrangers (ce qui encourage le racisme), migrants et réfugiés, mineurs et majeurs, hommes et femmes. L'objectif des clivages est la discrimination, la domination et l'élimination. Les femmes sont généralement mises à l'abri mais très surveillées, tandis que les hommes se retrouvent à la rue. Ceci est lié à la volonté de maintenir un niveau de rareté, sous prétexte de ne pas créer un "appel d'air", concept d'extrême droite largement partagé par les élus socialistes.

La communauté rromani est plus soudée que d'autres communautés ad hoc, basées uniquement sur le statut d'étranger ou la couleur de peau mais réunissant des cultures très différentes. Certes il existe des hiérarchies et des oppressions à l'intérieur de la communauté rromani mais elle parvient à une certaine autonomie. Elles se tient à l'écart et se méfie des locaux. Aussi vit elles souvent éloignée des centres villes, sur des terrains généralement abandonnés, insalubres, sans eau, ni électricité. Depuis des années, les rroms sont expulsés régulièrement des différents endroits où s'installent et se déplacent de communes en communes, sans pouvoir se fixer, tisser des liens avec les habitants, scolariser les enfants, etc. On compte mille huit cent personnes à Nantes, dont 40 % d'enfants, qui vivent en grande précarité, risquant d'être délogées, avec des caravanes vétustes, peu de médicaments et de matériel pour les nourrissons.

Les rroms subissent déjà une persécution structurelle dans leur pays d'origine, de plus en plus importante depuis la chute du mur de Berlin et l'effondrement du bloc soviétique. Certains retournent en Roumanie voir leur famille. Mais là bas la situation n'est guère meilleure. La misère est encore plus grande. Les rroms vivent à cheval entre plusieurs pays et en même temps se réfugient dans leur propre communauté. La politique de confinement qu'ils subissent ne leur laisse pas beaucoup d'alternatives. Ils n'ont pas accès au travail, à l'eau, aux soins, à l'électricité, aux sanitaires etc. Ils ont en face d'eux une population raciste, souvent hostile, et parfois des milices, un personnel politique prompt à exploiter la haine par électoralisme et une police dressée à ne pas voir en eux l'humain. Les soutiens locaux ont peu de pouvoir et ne peuvent empêcher les expulsions. Il n'y a pas d'organisation d'envergure de la solidarité mais des petits gestes, de la présence, etc.