Nantes dit non à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes

Publié le 5 Avril 2012 in Anti-aéroport NDDL

Article publié dans le Monde Libertaire n°1667
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Depuis le début des années 1970, Notre-Dame-des-Landes et ses alentours font l’objet de convoitises à peine voilées de la part de politicards et de grands groupes industriels. La raison ? Un projet de construction d’un nouvel aéroport international, destiné à faire de Nantes et sa métropole une zone économique de premier plan.

À qui profite le crime ?
Destruction d’un bocage entier miraculeusement préservé, expropriations de terres agricoles, extorsion de l’argent public, propagande mensongère, répression féroce des opposants : les promoteurs de l’aéroport, Ayrault et Vinci en tête, ne reculent devant rien pour imposer ce projet pharaonique et destructeur. La construction de cet aéroport répond en réalité à un objectif très précis : permettre à la métropole nantaise de se développer et d’engloutir sous sa coupe des villes comme Rennes et Saint-Nazaire, en détruisant et en réorganisant les territoires pour les soumettre au rythme du marché. Cette « métropolisation » est indispensable pour cerner les enjeux politiques et économiques qui découlent de ce projet.
Plus qu’un simple caprice politique pour les socialistes au pouvoir, il révèle très clairement la conception que se font les élus du pouvoir politique, en imposant à toute une population un mode de vie au rythme du profit et de la marchandise. Cette décision politique est donc inséparable des enjeux économiques qui se cachent derrière cet aéroport, avec tout le marché qui s’offre aux bétonneurs et aux compagnies aériennes.
Reflet d’un modèle économique au service de la classe dominante, ce nouvel aéroport est inutile et nuisible pour une grande partie de la population (les exploités) mais il est au contraire très utile pour le capitalisme en lui permettant d’étendre sa capacité de nuisance.

La résistance s’organise
Face aux élus locaux, aux bétonneurs zélés, aux médias serviles, aux larbins de l’État (flics, bidasses), la manifestation du 24 mars devait représenter un moment décisif dans la lutte contre cet aéroport.
La ville souhaite s’installer à la campagne ? Alors c’est la campagne qui s’installera à la ville ! Plus de 200 tracteurs étaient présents dans les rues de Nantes pour montrer, si besoin il en était, la détermination des paysans contre le saccage de leurs terres. Au milieu de la manifestation, on pouvait également apercevoir des chèvres, des vaches ou des chevaux. La réappropriation de la ville est en marche.
Alors que certains partis politiques n’hésitant pas à se compromettre avec les socialistes locaux pour quelques sièges bien confortables ont eu le culot de venir pointer le bout de leur nez, les organisations libertaires (AL, CNT, FA, No Pasaran, OCL, OLS) avaient organisé un cortège anticapitaliste, pour rappeler que le combat contre l’aéroport est avant tout un combat contre ce système capitaliste. Actif, festif, offensif et déterminé : le cortège marque son passage de son empreinte avec des tags, des jets de peinture et des pochoirs créatifs. La permanence du député écologiste François De Rugy, fossoyeur acharné de la lutte, en a d’ailleurs fait les frais. Les bâtiments officiels et privés (banques, agences immobilières, etc.), lorsqu’ils n’étaient pas quadrillés par la flicaille, ont eux aussi été joyeusement redécorés. Quelques brigades de clowns ont également participé à rendre cette manifestation joyeuse et festive. Après le défilé, tous les manifestants se sont retrouvés sur le cours des 50 otages pour continuer l’installation du bocage en centre-ville et continuer la réappropriation de l’espace public.

Oui à « l’arrêt aux porcs » !
Dès les premières minutes, il était facile de remarquer l’hyperprésence policière autour du cortège et l’hélicoptère qui volait au-dessus de nous. Sans compter les nombreuses caméras de vidéo-surveillance situées sur le parcours de la manifestation pour fliquer et ficher les manifestants. La préfecture, relayée par les médias, avait déjà annoncé la couleur : plus de 1 500 pandores mobilisés, aidés de canons à eau, pour parer à d’éventuels « débordements » de plusieurs « centaines d’anarchistes venus d’autres régions » (sic). Avant la manifestation, la ZAD (zone à défendre) était déjà sous haute surveillance policière. Ce dispositif policier, exceptionnel à Nantes et largement annoncé avant la manifestation, avait d’abord pour effet d’installer un climat de peur chez les opposants et, éventuellement, dissuader la population de se joindre à la protestation. Objectif raté, puisque ce sont plus de 10 000 personnes (et animaux !) qui ont battu le pavé ce 24 mars.
En fin de manifestation, alors que l’Acipa 1 et la police avaient appelé à la dispersion, des centaines de manifestants et passants ont décidé de rester sur place pour continuer la « fête ». Cette réappropriation de l’espace public ne fut pas vraiment du goût de la flicaille et de la mairie socialiste, qui voulaient effacer le plus rapidement possible toute trace de lutte et de résistance. Pendant la charge des flics, plusieurs interpellations ont eu lieu. Moins de quarante-huit heures après les faits, deux personnes arrêtées sont passées en comparution immédiate au palais de justice de Nantes : deux mois de prison avec sursis chacun avec, en prime, des amendes et des dommages et intérêts à payer.

Et après ?
Alors que l’agitation politicienne a montré à de nombreuses reprises son incapacité à faire annuler ce projet d’aéroport, il est absolument nécessaire de construire la lutte en dehors des élections et des partis politiques. Si cet aspect peut paraître évident pour des anarchistes, il l’est beaucoup moins pour une partie des opposants qui ont encore quelques espoirs dans les futures échéances électorales.
On voit, aussi, que la logique des grands travaux inutiles ne s’arrête pas à Notre-Dame-des-Landes : gare gigantesque à Stutgart, tunnel sous les Alpes pour la LGV Lyon-Turin, développement du nucléaire en France, nouvelles lignes THT, exploitation du gaz de schiste, etc. Des anti-THT, des antinucléaires et des camarades italiens du Val-de-Susa (anti-LGV) ont d’ailleurs fait le déplacement à Nantes, le 24 mars.
Multiplier les alternatives autogestionnaires, en occupant les maisons expropriées ou en exploitant les terres cultivables, et créer des espaces ou des moments de résistance est essentiel si l’on veut se réapproprier ces espaces que le capitalisme veut nous enlever et ralentir l’avancée du projet. Toutefois, face à la violence et à la détermination de l’État, il est probable que cela ne soit pas suffisant. Fort du succès de cette mobilisation, l’enjeu est maintenant d’élargir notre lutte, de la lier aux autres luttes contre les grands travaux destructeurs pour les inclure dans un cadre plus global de lutte contre le système capitaliste.

Dadou, groupe de Nantes de la Fédération anarchiste

1. Association Citoyenne Intercommunale des Populations concernées par le projet d'Aéroport de Notre Dame des Landes.