Certaines morts valent mieux que d'autres.

Publié le 19 Septembre 2013

A Nantes, devant le monument aux morts, on trouve cette plaque un peu énigmatique : à la mémoire des victimes des théâtres d’opérations extérieures. Mais qui sont donc ces victimes ? Une petite enquête nous a conduit sur ce blog de militaires. Quelle surprise ! Il s'agit de soldats morts dans des guerres que l'on ne se risque pas à nommer, préférant l'appellation pudique d'opérations extérieures… Il faut dire que beaucoup n’ont pas forcément fait l’objet d’une déclaration de guerre. Nicolas Hollande n’a pas dit : « je déclare la guerre aux rebelles touaregs et au mouvement salafiste au sein du Mali ». Il s’est contenté d’y envoyer des hommes pour combattre. Le résultat n'est-il pas le même ? 

Et que de pleurnicheries sur ce blog militaire ! Etonnons-nous avec le général Elrick Irastorza, chef d’état-major des armées de 2008 à 2011 et spécialiste en mémoire, de ce que « l’indifférence caractérise désormais le plus souvent la relation entre le soldat et la Nation » et que « la mort au combat, autrefois glorieuse, soit en passe de devenir une simple mort violente, voire douteuse. » Ah parce que certaines morts ne sont pas douteuses ? Mais après tout, n'avons-nous pas affaire qu'à de valeureux professionnels ? N’y a-t-il pas dans la définition-même de soldat l’idée qu’il puisse décéder dans l’exercice de ses fonctions ? Bon, je doute que ce soit réellement écrit entre les lignes du contrat de travail, mais cela doit être grandement sous-entendu. Ou alors, il faudrait être bien naïf. Donc si ce sont des pros, leur mort au combat n’est jamais qu’un accident de travail ! Et encore ! Après tout, cela fait partie du job comme nous l’avons dit plus haut… Il peut être intéressant de mettre en perspective ces pleurnicheries avec le nombre d’accidents de travail mortels chez les civils ? Allez, hop, une recherche sur internet. Paf. 529 décès liés à un accident de travail pour le régime général en 2010, dont 118 dans le seul domaine du BTP. Combien de militaires cette même année ? Seize ! Il faut donc bien en conclure qu'on risque plus sa vie dans le BTP que dans l’armée. Bon, encore une fois ça n'est pas la même chose, certains meurent pour la Mère-Patrie, d’autres pour leur patron... Certains voient leur décès souligné à grands pleurs dans les médias audiovisuels, d’autres sont au mieux évoqués dans la rubrique chien écrasé d’un obscur journal régional. Quand verrons-nous fleurir une plaque commémorative dédiée « aux victimes du théâtre d’opérations capitalistes intérieures » ?